
Ambivalence pendant la grossesse : accueillir ses émotions

Stéphanie BETUEL
Psychopraticien · VERCHAIN MAUGRE
Joie, doute, tristesse : tout à la fois
Le matin, vous imaginez ce bébé avec tendresse. Le soir, une petite voix demande : « Et si je n'y arrivais pas ? » Puis la culpabilité arrive, parce que vous avez osé penser cela.
Ce va-et-vient porte un nom : l'ambivalence. Elle désigne le fait de ressentir, au même moment, des émotions qui semblent s'opposer. Elle est fréquente pendant la grossesse, y compris lorsque l'enfant est très désiré.
Ce que j'entends en cabinet
Dans mon accompagnement de psychopraticienne, certaines phrases reviennent souvent :
- « J'attendais cet enfant, et pourtant j'ai peur de tout ce qui va changer. »
- « Je pleure sans savoir pourquoi, puis je ris cinq minutes après. »
- « Je n'ose pas dire que je doute, on va me juger. »
- « Je ne ressens pas encore de lien, est-ce que c'est normal ? »
Aucune de ces phrases ne dit quelque chose de votre capacité à être parent. Elles disent qu'une transformation importante est en cours.
Pourquoi ces émotions se côtoient
La grossesse touche beaucoup de domaines à la fois : le corps, le couple, le travail, la place que l'on occupe dans sa famille, parfois aussi les souvenirs de sa propre enfance. Chacun de ces changements peut éveiller une émotion différente.
Les variations hormonales font partie du tableau, mais il serait trop simple de leur attribuer tout ce qui se vit. Ce qui est observé, c'est que accueillir plusieurs émotions en même temps est une expérience très répandue, que l'on en parle ou non.
Ressentir de la joie et de l'inquiétude ne veut pas dire que l'une efface l'autre. Elles peuvent simplement partager la même place.
Accueillir l'ambivalence sans culpabiliser
Quand une émotion « inconvenante » surgit, le réflexe est souvent de la repousser ou de se reprocher de la ressentir. Or, certaines personnes trouvent que nommer ce qui est là, sans le juger, peut contribuer à l'apaiser un peu.
Quelques repères pour vous accompagner
- Distinguer ressentir et décider : éprouver un doute n'engage à rien. Une émotion n'est pas une décision.
- Remplacer « je devrais » par « je ressens » : « Je devrais être heureuse » devient « Il y a de la joie, et il y a aussi de la peur ».
- Choisir une personne de confiance : un proche, une sage-femme, un professionnel, avec qui dire à voix haute ce qui se passe.
- Laisser de la place au repos : les émotions pèsent souvent davantage quand la fatigue s'installe.
Exercice : « Les deux mains » (3 minutes)
Vous pouvez l'essayer ici, tout de suite, assis ou allongé confortablement.
- Installez-vous, les pieds bien posés au sol, le dos soutenu. Fermez les yeux ou fixez un point devant vous.
- Prenez 3 respirations lentes : inspirez 4 secondes par le nez, expirez 6 secondes par la bouche.
- Pensez à une émotion agréable. Posez la main droite sur votre poitrine et dites-vous intérieurement : « Il y a de la joie. » Restez 30 secondes.
- Pensez à une émotion plus difficile (doute, peur, tristesse). Posez la main gauche sur le ventre, sans appuyer, et dites-vous : « Il y a aussi de la peur. » Restez 30 secondes.
- Gardez les deux mains en place et répétez 3 fois : « Les deux ont le droit d'être là. »
- Terminez par 3 respirations de même rythme, puis ouvrez les yeux doucement.
Si une émotion devient trop forte, vous pouvez arrêter, ouvrir les yeux et regarder autour de vous. Cet exercice ne remplace pas un suivi, c'est simplement une façon de se rencontrer avec bienveillance.
Un carnet à deux colonnes
Pour prolonger, certaines personnes aiment noter le soir, en deux colonnes, ce qui a été doux et ce qui a été lourd dans la journée. Il ne s'agit pas d'analyser, juste de donner une place à chaque chose.
Quand consulter ?
Si vous vous reconnaissez dans ce qui précède, sachez que vous n'avez pas à attendre que « ça aille mal » pour en parler. Je vous reçois à Verchain-Maugré dans un espace sans jugement, où joie, doutes et tristesse peuvent se dire en même temps, à votre rythme.
Il peut être utile de consulter si :
- la tristesse ou l'inquiétude durent depuis plus de deux semaines et prennent beaucoup de place ;
- le sommeil, l'appétit ou l'envie de faire des choses sont nettement perturbés ;
- vous vous sentez coupable en permanence de ce que vous ressentez ;
- vous n'osez en parler à personne dans votre entourage.
Mon accompagnement est complémentaire du suivi médical : il ne le remplace pas. Je vous encourage à partager ces ressentis avec votre sage-femme, votre médecin ou votre gynécologue.
Si des pensées de vous faire du mal apparaissent, contactez sans attendre le 15 (SAMU) ou le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible à toute heure.


